« 30 mai 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 109-110], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1828, page consultée le 26 janvier 2026.
30 mai [1846], samedi matin, 7 h. ½
Bonjour mon Toto, bonjour mon Victor adoré, bonjour et bonheur à toi
et aux tiens. Je t’attends ce soir et cependant je ne sais pas si la Chambre des Pairs
ne te retiendra pas aujourd’hui. Je t’attends parce que je t’aime, parce que j’ai
besoin de te voir, parce que tu es ma vie, parce que tu es ma joie et parce que je
t’adore. Tu vois bien que je ne peux pas faire autrement que de t’attendre et de
t’espérer quand même.
Cher adoré, je ne m’étais pas trompée la seconde fois hier
quand j’attendais ta ravissante petite lettre. J’espère que je ne me trompe pas encore
cette fois en l’attendant ce soir. La nuit a été très bonne et la matinée paraît
devoir bien commencer car elle n’a presque pas toussé jusqu’à présent. Quel bonheur
si
cette pauvre enfant pouvait reprendre le dessus bien vite, avec quelle joie je
reviendrais à Paris ! Je voudrais pouvoir livrer mon cœur sans contrainte à cette
douce espérance mais je ne le peux pas, car au même moment où je t’écris ces lignes,
elle tousse horriblement. Je n’ose rien dire sur cette chère et malheureuse enfant
puisque cent fois le jour elle passe du mieux au pire et toujours comme cela depuis
le
premier jour où elle est tombée malade. C’est bien douloureux et bien décourageant
pour moi qui ne la quitte pas un seul instant. Cher bien-aimé, toute ma force, tout
mon courage, tout mon espoir est en ton amour. Sois béni. Je t’aime à deux genoux.
Juliette
« 30 mai 1846 » [source : BnF, Mss, NAF 16363, f. 111-112], transcr. Marion Andrieux, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1828, page consultée le 26 janvier 2026.
30 mai [1846], samedi après-midi, 2 h. ½
Je t’espère mon Victor, je te désire mon bien-aimé, je t’attends mon
adoré. Le médecin sort de chez moi. Il trouve Claire mieux. Quant à moi, je la trouve plutôt moins bien. Cela tient à
ce que je la vois à tous les moments du jour et de la nuit peut-être. Dans ce moment,
par exemple, elle est très fatiguée et semble prête de se trouver mal. Le moindre
mouvement la met dans un état de faiblesse et de découragement triste qui semble
annoncer une grande souffrance intérieure. Je fais tout ce que je peux pour l’égayer,
lui donner du courage mais je n’y parviens pas. Cependant le médecin la trouve mieux.
Je dois y croire car ces messieurs sont plutôt portés à exagérer les maladies qu’à
les
diminuer.
Ta douce et consolante pensée m’apparaît et je suis heureuse à travers
toute cette tristesse et toute cette souffrance qui m’enveloppent et m’étreignent
de
toute part. Je me dis que je te verrai tout à l’heure, que je te posséderai pendant
quelques instants et je suis heureuse et ravie comme si toutes les inquiétudes étaient
bannies de mon cœur. Je ne sais pas si tu vas à la Chambre aujourd’hui et si ce procès
se poursuit1. Je sais que je t’aime, que j’ai besoin de te voir et qu’il faut que
je te voie. En attendant je relis toutes mes bonnes petites lettres. Je les baise,
je
les compte, je les admire et je les serre avec respect comme des choses sacrées et
puis je te baise de l’âme.
Juliette
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
sa fille Claire meurt de la tuberculose. Le père biologique, James Pradier, et le père adoptif, l’accompagnent dans ce deuil. Celui-ci libère Hugo du blocage qui l’empêchait de se rendre sur la tombe de Léopoldine, où il se rend pour la première fois depuis trois ans.
- 28 marsCrise nerveuse de Claire.
- 1er-5 juinHugo, à la Chambre des Pairs, participe au procès de Pierre Lecomte, auteur d’un attentat manqué contre le roi. Lecomte sera guillotiné.
- 2 juinJuliette et sa fille s’installent à Auteuil, 56 rue de la Fontaine, dans un appartement que leur loue Pradier. Il refuse de louer un appartement plus confortable pourtant disponible dans le même immeuble.
- 21 juinMort de Claire Pradier.
- 23 juinEnterrement de Claire Pradier au cimetière d’Auteuil.
- Juin-juilletVictor Vilain réalise un buste en terre cuite de Juliette.
- 11 juilletAprès la découverte des dernières volontés de Claire, son corps est exhumé et transféré au cimetière de Saint-Mandé.
- 1er-2 aoûtVictor Hugo et Juliette partent en excursion le samedi toute la journée, et le dimanche matin, et prennent le chemin de fer.
- 25-28 septembreSéjour en Normandie, à Caudebec et Villequier.
